Hertz : quand la fréquence dévoile un monde en mouvement
Derrière chaque vibration, chaque ondes radio, chaque battement de cœur, une question muette persiste : à quelle cadence ces phénomènes se répètent-ils ? Le hertz, unité internationale...
Dans les villes, la matière vibre bien plus que le béton n’en laisse paraître. La lumière, la chaleur, les radiations, et, entremêlées dans le spectre électromagnétique, les ondes que nous qualifions de “hautes fréquences” — celles qui font vibrer le Wi-Fi, la téléphonie mobile (notamment 4G et 5G), le Bluetooth. Mais que deviennent ces signaux dans la jungle urbaine ? Quel sort réservent nos murs, toitures, vitrages, et nos propres corps à ces messagers invisibles ?
Sous la surface des débats sur la 5G, l’électrosensibilité ou l’omniprésence du sans-fil, se cache un phénomène simple : plus la fréquence d’une onde est élevée, plus son parcours dans la ville devient chaotique. Nous avons exploré la littérature scientifique, interrogé des chercheurs et croisé les rapports de l’ANFR, de l’OMS et du CNRS pour démêler la part de science, de technique et de société dans cette absorption silencieuse.
Le spectre électromagnétique s’étend de l’extrêmement basse fréquence (réseau électrique à 50/60 Hz) aux rayonnements ionisants comme les rayons X ou gamma. Ici, nous focalisons sur les ondes de radiofréquence (RF) comprises entre 1 GHz et 100 GHz, une plage qui englobe la 4G, la 5G, le Wi-Fi (2,4 et 5 GHz), voire le WiGig (60 GHz). Ces fréquences se distinguent de la radio FM (100 MHz) ou de la télévision numérique (470-790 MHz) par leur capacité à transporter plus d’informations… mais pas à franchir tous les obstacles.
Elles sont donc omniprésentes, mais rencontrent un univers matériel qui n’est pas aussi perméable que l’air pur du laboratoire.
Pour comprendre l’absorption, il faut imaginer chaque mur, chaque vitre, chaque feuille d’arbre comme un filtre — dont les propriétés dépendent à la fois de leur composition chimique et physique, et de la longueur d’onde qui tente de les franchir. Pour exemple, à 3,5 GHz (5G actuelle), la longueur d’onde est de 8,5 centimètres ; à 26 GHz (5G dite “millimétrique”), moins de 1,2 centimètre.
La propagation des hautes fréquences ne relève pas d’un simple tir laser traversant l’espace. Dans la rue, le signal se heurte, rebondit, ricoche, diffracte. La diversité des matériaux façonne une “carte invisible” dans chaque quartier. L’urbaniste voit un front bâti ; le physicien, une mosaïque de pertes et de chemins tortueux.
Pour la majorité des matériaux, les pertes augmentent avec la fréquence. Deux mécanismes principaux l’expliquent :
Ce cocktail explique pourquoi les opérateurs télécoms évitent — à ce jour — de déployer massivement la 5G “millimétrique” en France : la couverture d’une antenne dépasse rarement 200 à 300 mètres en milieu dense, et ne franchit plus les façades.
Quelques exemples marquants issus des publications scientifiques et rapports d’agences :
Ces chiffres pourraient sembler rassurants pour qui craint une “invasion” des ondes dans l’habitat ; ils inquiètent l’ingénieur confronté à la promesse d’un Internet ultra-rapide partout.
Plus la ville se densifie, plus l’absorption et la réflexion des ondes se complexifient. À hauteur des trottoirs, la multitude des objets (panneaux de signalisation, voitures, abribus, feuillage) forme une véritable barrière mobile.
La question de l’absorption n’est pas neutre : elle façonne l’exposition des habitants, la qualité de service, la fracture numérique. Mais l’absence ou la forte atténuation d’ondes ne signifie pas l’absence de questions.
“La complexité des environnements urbains rend toute prédiction locale très délicate, et nourrit la méfiance comme la confiance” — Rapport ANSES, 2022.Du point de vue sanitaire, l’absorption joue un double rôle :
Le compromis est permanent entre connectivité et précaution ; la régulation tente de suivre (plus ou moins vite) l’évolution des usages et des craintes.
Les innovations se poursuivent : fenêtres “intelligentes” laissant passer les ondes, nouveaux revêtements muraux, antennes capables de s’ajuster à leur environnement, réseaux “mesh” qui rediffusent le signal comme un écho continu… Mais l’absorption restera une réalité physique à traverser, transformer, contourner.
La recherche s’oriente désormais vers la résolution fine : comment cartographier ces zones d’ombre à l’échelle du quartier ? Comment adapter la ville à la connectivité sans sacrifier la vie privée ? La seule certitude : sous le béton et la brique, les ondes continuent de jouer à cache-cache avec le vivant.
Dans ce jeu silencieux entre le haut débit et les murs épais, chaque innovation technologique invite à repenser nos liens — invisibles, mais bel et bien présents — entre l’urbain, le numérique et le corps social.