Les capteurs IR dans les smartphones : un ovni technologique devenu banal
Le smartphone moderne agrège toute une batterie de capteurs. Parmi eux, l’infrarouge s’est imposé pour trois raisons principales : la sécurité, la mesure de la distance, et le confort d’usage.
Déverrouillage et authentification : l’infrarouge à l’épreuve du visage
Lorsque Apple lance Face ID sur l’iPhone X en 2017, le débat s’ouvre : les caméras infrarouges sont-elles fiables — et sûres — pour la reconnaissance faciale ?
- En pratique, le capteur IR projette jusqu’à 30 000 points invisibles sur le visage, créant un modèle 3D finement maillé.
- Ce maillage sert de clé d’authentification unique, difficile à tromper avec une simple photo ou un masque imprimé (Apple, White Paper, 2017).
Derrière cet usage, une révolution : l’IR permet d’authentifier l’utilisateur, y compris dans l’obscurité, indépendamment de la couleur de la peau ou de l’éclairage ambiant. Son efficacité se mesure par des chiffres rarement mis en avant : selon les essais publiés par Kaspersky Lab, le taux de « faux positifs » pour Face ID (utilisation d’un visage non autorisé) serait inférieur à 1 sur 1 000 000, contre 1 sur 50 000 pour une empreinte digitale traditionnelle.
Mesurer l’espace : le lidar miniaturisé
Détecter une présence, adapter la photographie, guider la réalité augmentée : les capteurs de mesure de distance — ToF (Time-of-Flight) — reposent sur la capacité de l’infrarouge à réfléchir rapidement sur des surfaces variées. Cette techno, héritée initialement de l’industrie automobile et des systèmes de robotique, équipe désormais les modules photo des smartphones haut de gamme (Samsung Galaxy Note 20 Ultra, iPhone 12 Pro).
- Le principe : envoyer une brève impulsion IR, mesurer le délai de retour.
- Le résultat : une carte de profondeur servie en temps réel, utile à la photographie (bokeh), à la réalité augmentée, à la navigation pour personnes malvoyantes (The Verge, 2020).
Certaines applications, comme Seeing AI (Microsoft) ou Google Lookout, s’appuient sur ces capteurs pour décrire l’environnement aux utilisateurs malvoyants — illustrant la portée inclusive de la technologie.
D’autres usages se dessinent à l’horizon : détection de gestes sans contact (Samsung SmartThings), mesure de la température corporelle (rares essais durant la crise COVID-19, comme sur le Honor Play 4 Pro en 2020).
Un héritage devenu presque invisible : le « blaster » IR
Longtemps, avant l’avènement de l’IoT (Internet des objets), de nombreux smartphones asiatiques embarquaient un émetteur IR, ou blaster : un mini télécommande universelle pour piloter TV, box, climatiseur. En 2016, selon Counterpoint Research, plus de 50 % des modèles de Xiaomi, Huawei ou Honor en étaient encore dotés. Aujourd’hui, la fonctionnalité tend à disparaître, remplacée par le WiFi ou le Bluetooth.