La médecine à l’ère de la chaleur naturelle
La médecine n’a pas attendu le XXIe siècle pour s’intéresser à la chaleur du corps : Hippocrate jaugeait déjà la fièvre à “l’œil et la main”. La statuaire antique montre même certains diagnostics (phlébites, abcès) posés sur la simple observation de taches rouges : la couleur comme symptôme.
Ce n’est qu’en 1956 que la première caméra infrarouge est commercialisée pour l’usage médical, marquant un basculement. Depuis, la thermographie médicale a trouvé sa place, entre outil de dépistage, suivi et recherche. Quelques exemples emblématiques :
- Oncologie : Certaines tumeurs montrent une activité métabolique augmentée et une vascularisation accrue – ces “points chauds” peuvent apparaître à la thermographie (notamment pour le sein). En France, l’INCa ne recommande cependant pas la thermographie comme unique méthode de dépistage du cancer du sein, en raison d’une sensibilité insuffisante (INCa).
- Rhumatologie et douleurs chroniques : La mesure fine de la température cutanée permet d’objectiver des inflammations, des syndromes douloureux complexes (algodystrophie, névralgies), parfois invisibles à d’autres examens.
- Chirurgie vasculaire : Les troubles de la circulation périphérique (artériopathies, phlébites, etc.) se signalent par des asymétries thermiques détectables précocement.
- Pandémies : Depuis le SRAS et le COVID-19, les caméras thermiques ponctuent aéroports, gares et centres de soin ; elles détectent fièvres et troubles thermiques chez des millions de voyageurs, même si leur fiabilité reste inégale (The Lancet).
Derrière la promesse de la “température révélée”, il y a donc de vraies avancées. Mais, comme souvent, la nuance s’impose : la thermographie est un outil d’appoint, rarement un diagnostic définitif. De nombreux facteurs (épaisseur de la peau, sudation, environnement) biaisent les relevés – et la tentation de “remplacer l’œil du clinicien” n’a pas encore tenu ses promesses.
Témoignage : “À l’hôpital, la caméra thermique a sauvé une jambe”
“Nous avons repéré une chute de température au niveau du mollet chez une patiente diabétique alitée”, raconte une équipe infirmière du CHU de Lyon (2023). “Sans la caméra, la nécrose aurait évolué encore quelques heures, rendant l’amputation inévitable.” Ce genre d’anecdote, désormais fréquente en gériatrie ou en soins intensifs, illustre la puissance du regard thermique – et ses promesses en télémédecine.
Aller plus loin : Quid du cerveau ?
L’imagerie thermique n’éclaire que la surface : ses rayons infrarouges ne traversent pas le crâne humain. Pour sonder l’activité cérébrale, d’autres techniques – IRM fonctionnelle, TEP (tomographie par émission de positons) – dominent. Mais une équipe du CNRS travaille à corréler certains états (stress, épilepsie) à des variations thermiques du visage (CNRS Le Journal). Un nouvel entre-deux où l’invisible se fait signal faible.