Au commencement : Le spectre électromagnétique, un territoire sans frontières fixes

Que partage l’infrarouge avec l’ultraviolet ? Avant tout, leur appartenance à la famille des ondes électromagnétiques. Entre elles, la lumière visible n’est qu’une goutte d’eau au sein d’un large océan. Pour s’y repérer, l’échelle de mesure est la longueur d’onde, exprimée en nanomètres (nm).

  • L’infrarouge : longueur d’onde comprise entre 780 nanomètres et 1 millimètre, soit juste après le rouge du spectre visible.
  • L’ultraviolet : longueur d’onde entre 10 et 400 nanomètres, juste avant le violet perceptible.

Le visible s’intercale entre 400 et 780 nm. Ce que nos yeux ne voient pas, d’autres organismes y ont accès : certains serpents “voient” l’IR, les abeilles perçoivent l’UV. Le spectre électromagnétique est un territoire naturel, culturel, et technologique.

Comprendre l’infrarouge : La chaleur comme langage

L’infrarouge est d’abord une onde de chaleur. C’est grâce à elle qu’un feu de cheminée réchauffe vos mains, même lorsque la flamme est invisible. L’astronome William Herschel la découvrit en 1800, en mesurant la température de couleurs “hors champ” dans la lumière du soleil.

  • Environ 54 % du rayonnement solaire reçu par la Terre se situe dans l’infrarouge (source : NASA).
  • L’IR n’est pas homogène : on distingue l’infrarouge “proche”, “moyen” et “lointain”, chacun ayant des usages et des propriétés physiques.

Pour les technologies, l’IR est omniprésent : lampes de télécommandes, détecteurs de mouvement, imagerie thermique en médecine (thermographie), surveillance environnementale, astrophysique. Même les caméras de surveillance nocturne en sont équipées, car l’IR traverse la brume, la poussière, et révèle l'invisible.

Application marquante : La caméra infrarouge fut déterminante lors de la catastrophe de Fukushima (2011), afin de détecter à distance les points chauds du réacteur nucléaire.

Effets physiologiques

L’être humain perçoit l’IR comme une sensation de chaleur sur la peau. À très forte intensité, il peut provoquer des brûlures, mais les IR naturels et la très grande majorité des usages domestiques sont inoffensifs. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère le risque thermique comme principal, mais signale très peu d’effets secondaires documentés à faible exposition.

L’ultraviolet : L’autre versant de l’invisible

Découvert en 1801 par le chimiste Johann Wilhelm Ritter, l’UV n’envoie pas de chaleur mais de l’énergie, parfois dangereuse, souvent vitale.

  • L’UV représente environ 5 % du rayonnement solaire : beaucoup moins que l’IR, mais ses effets sont plus spectaculaires.
  • On distingue trois “races” d’UV : UVA (315-400 nm), UVB (280-315 nm), UVC (100-280 nm).
  • Les UVA traversent la couche d’ozone et atteignent la surface. Les UVB, en moindre mesure, provoquent bronzages et coups de soleil. Les UVC, très énergétiques, sont heureusement arrêtés par l’atmosphère.

Usage emblématique : La stérilisation par lampes UVC s’accélère dans les hôpitaux et les transports en commun, pour désactiver les virus et bactéries (source : Anses, 2020).

Effets physiologiques

Paradoxe de l’UV : indispensable à la synthèse de la vitamine D, mais aussi responsable de cancers cutanés. En France, 2 000 décès annuels sont liés au mélanome, dont l’exposition aux UV solaires reste la principale cause identifiable (source : Santé publique France, 2023). Les systèmes technologiques poussent à renforcer la protection collective : crèmes solaires, vêtements anti-UV, que le marché mondial évalue à plus de 1,1 milliard d’euros en 2022 (Statista).

Tableau récapitulatif – Infrarouge VS Ultraviolet

Caractéristique Infrarouge (IR) Ultraviolet (UV)
Longueur d’onde 780 nm – 1 mm 10 – 400 nm
Énergie Faible, surtout thermique Forte, effets photochimiques notables
Ressenti corporel Chaleur Aucun, mais effets (bronzage, brûlures)
Principaux usages Thermographie, télécommunications, vision nocturne Santé (vitamine D, bronzage, stérilisation)
Dangers principaux Brûlures à forte intensité Cytotoxicité, cancers, vieillissement prématuré
Exposition quotidienne Larges quantités (sources naturelles + artificielles) Surtout extérieur ; filtration partielle par la vitre et la couche d’ozone

Perceptions et mythes : Ce que disent nos cultures sur l’IR et l’UV

L’infrarouge a longtemps été associé au mystère : “voir” la chaleur supposait une vision surhumaine. Or, une partie du règne animal en use quotidiennement : les crotales détectent leurs proies en nocturne par la chaleur. Certaines grenouilles tropicales adaptent leur biologie pour se refroidir, en absorbant plus ou moins d’IR. (Source : National Geographic, 2017)

L’ultraviolet, quant à lui, a souvent servi de repoussoir : invisible mais menaçant. Pendant tout le XXe siècle, la bronzette rimait avec santé ; ce n’est qu’à partir des années 1970, avec la flambée des cancers cutanés, que l’alerte s’est propagée (Cancer Research UK).

Aujourd’hui, la lumière UV redevient précieuse dans la lutte contre les infections. L'alternance “bénéfique versus toxique” ne dépend que du contexte – intensité, durée, zone de contact.

La frontière technologique : Quand l’IR prépare le futur, l’UV s’invite dans la vie quotidienne

  • IR, allié stratégique : En 2023, le marché mondial des capteurs infrarouges dépassait les 6 milliards de dollars, stimulé par la sécurité, la médecine, la domotique (Mordor Intelligence, 2023).
  • UV, ubiquité inattendue : Les colles industrielles, verres photochromiques, détecteurs de faux billets reposent sur la réaction aux ultraviolets.
  • Les réseaux de fibre optique utilisent des sources laser IR pour transmettre nos données à très haut débit : sans IR, ni télétravail, ni streaming !
  • Certains traitements dermatologiques exploitent judicieusement les UVB pour soigner le psoriasis ou la vitiligo, en hôpital uniquement.

Entre frontières scientifiques et enjeux de société

L’IR et l’UV sont au croisement de bouleversements civiques : caméras infrarouges aux frontières, stérilisation UV dans les services publics, influence sur le climat et sur la santé. À mesure que les dispositifs progressent, le débat sur leur bon usage – surveiller, protéger, guérir – ne fait que s’intensifier.

Explorer sans trancher : IR et UV, deux facettes de notre rapport à la lumière

Quelle est la différence fondamentale ? L’infrarouge révèle ce qui irradie la chaleur ; l’ultraviolet, ce que la lumière excède en énergie. L’un chauffe, l’autre mutile ou catalyse. Mais toutes deux interrogent : nos sens et nos sociétés sont-ils prêts à cohabiter avec des énergies invisibles, tantôt providentielles, tantôt nocives ?

Dans l’ombre de l’invisible, IR et UV dessinent le véritable spectre de la lumière moderne : une frontière poreuse entre nature, santé, surveillance, et innovation. Entre science et expérience quotidienne, la question reste ouverte : qu’explorons-nous vraiment quand nous éclairons le monde autrement ?

  • Pour approfondir :
  • L’Institut national de recherche et de sécurité (INRS) – Fiche “Lumières invisibles : quels effets sur la santé ?”
  • NASA – “The Electromagnetic Spectrum”
  • OMS – “Rayonnement non ionisant, effets biologiques et normes d'exposition”

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