Panorama des outils : du portail officiel à la science participative
Entre portail national, visualisations indépendantes et science ouverte, la cartographie numérique des ondes se répartit en trois familles :
- Les portails institutionnels : Animés par les régulateurs (ANFR, Agence nationale des fréquences ; FCC aux États-Unis), ils offrent une cartographie exhaustive, actualisée, mais technique. Ils restent la référence pour les chiffres “officiels”.
- Les plateformes citoyennes/participatives : Dédiées à la contribution ou la mesure en crowdsourcing (RadioCellMap, OpenCelliD), elles réclament vigilance mais innovent sur la proximité et la contribution des usagers.
- Les outils indépendants de mesure et d’analyse : Kits à installer chez soi (Exposimeter, Electrosmart), applications de détection, voire bases universitaires open data, ils privilégient l’expérimentation.
1. Cartoradio.fr : la colonne vertébrale officielle (France)
Porté par l’ANFR, ce portail recense toutes les installations radioélectriques légales. Mode d’emploi :
- Entrée par adresse, commune ou coordonnées GPS
- Visualisation de chaque “site” (antennes, relais, stations) sur une carte interactive
- Données affichées : fréquences utilisées, niveaux de puissances maximales (en W), propriétaires (Bouygues, Orange, SNCF, etc.), historique d’installations
- Cartographie téléchargeable en format CSV – atout pour croiser les données
Détail notable : Cartoradio.fr propose les résultats des mesures d’exposition réalisées sur le terrain (\~7000 points de contrôle par an). Les valeurs typiques relevées oscillent entre 0,6 V/m et 2 V/m en zone urbaine forte (source : ANFR, rapport 2023), bien en-deçà des seuils réglementaires (28 V/m pour la 4G).
Limites : lectures parfois ardues, absence de visualisation “temps réel”, pas d’indication d’exposition réelle à l’échelle d’un appartement.
2. OpenCelliD : la science ouverte cartographie les antennes mobiles
Projet collaboratif mondial, OpenCelliD agrège plus de 41 millions d’antennes-relais géolocalisées à travers le monde (2024), avec la contribution quotidienne de volontaires. Son point fort : l’ouverture et la granularité, y compris pour les zones mal couvertes par les bases nationales.
- Carte interactive, téléchargeable
- Détail des Cell-ID mobiles (2G/3G/4G/5G), fréquences, puissance théorique émise
- Possibilité d’uploader ses propres mesures via smartphone (Android)
Limites : Qualité inégale selon la participation locale, pas de mesures d’exposition “in situ” mais cartographie de l’infrastructure.
3. Electrosmart et les applis de mesure personnelle : exposition instantanée ?
Nombreuses applications promettent de détecter (voire mesurer) les ondes reçues à proximité. Electrosmart (plus d’un million de téléchargements) analyse en temps réel la puissance du champ reçu par votre mobile sur diverses fréquences mais reste limitée : elle ne mesure que ce à quoi le smartphone est soumis (Wi-Fi, Bluetooth, GSM), pas tout le spectre environnant.
- Affichage en dBm, lecture facile : de -35 dBm (signal fort) à -100 dBm (signal faible)
- Visualisation sur la carte des hotspots “denses”
Limites : Plage de fréquences restreinte, précision discutable face à un appareil professionnel.
4. RadioCellMap et la contribution citoyenne
Plateforme européenne fondée sur la collecte communautaire, RadioCellMap s’intéresse au maillage réel des réseaux mobiles : elle agrège, cartographie, et propose exports statistiques sur chaque démarche de “repérage” local.
- Interface simple, lisible
- Données ouvertes, croisement possible avec d’autres jeux de données
Un nouvel usage social de la cartographie, qui réinterroge la question de la “zone blanche” en invitant le citoyen à prendre part activement à la veille.