Comprendre les ondes électromagnétiques dans le quotidien des résidents seniors

La multiplication des équipements connectés modifie profondément l’environnement des résidences pour seniors. Wi-Fi, téléphones portables, box Internet, objets connectés, voire antennes-relais à proximité : ces dispositifs émettent tous des ondes électromagnétiques, aussi appelées champs électromagnétiques (CEM), qui suscitent de nombreuses interrogations sur leur impact sanitaire, surtout auprès des personnes âgées considérées comme plus vulnérables.

La question s’avère d’autant plus pertinente que, selon l’ANFR (Agence Nationale des Fréquences), plus de 98% de la population française vivait, début 2024, à moins de 100 mètres d’une installation émettant des ondes radioélectriques (ANFR).

Quels types d’ondes électromagnétiques rencontre-t-on en résidence senior ?

  • Ondes radiofréquences : utilisées par les téléphones mobiles, Wi-Fi, télévisions, radios, Bluetooth, etc.
  • Ondes basses fréquences : générées par les installations électriques (lignes à haute tension, appareils électroménagers, etc.).
  • Micro-ondes : originates from certain équipements domestiques (fours, mais aussi Wi-Fi, certains dispositifs médicaux).

Les résidences seniors, modernisées pour le confort et la sécurité (télésurveillance, domotique, capteurs médicaux), sont donc des environnements riches en CEM, parfois en quasi-continu.

Les effets des ondes électromagnétiques documentés chez l’humain

Les scientifiques distinguent deux principaux types d’effets sur la santé :

  • Effets avérés : liés à un échauffement des tissus (notamment lors d’expositions à de fortes puissances, rares en dehors de certains usages professionnels).
  • Effets potentiels à long terme : moins bien documentés, principalement concernant les radiofréquences présentes dans les usages du quotidien.

Pour la population générale, et donc les résidents seniors, l’exposition est généralement très inférieure aux seuils réglementaires (source : Organisation mondiale de la santé).

Cependant, certaines associations dénoncent le manque d’études spécifiques sur les expositions faibles mais chroniques, notamment pour les personnes âgées ou fragilisées.

Personnes âgées : une sensibilité accrue face aux ondes électromagnétiques ?

Quelques facteurs incitent à considérer la situation des seniors avec attention :

  • Vieillissement biologique (peau plus fine, affaiblissement cellulaire…)
  • Comorbidités fréquentes (maladies cardiovasculaires, neurodégénératives…)
  • Médicaments pouvant influencer la réaction aux stress en général
  • Une partie de la population senior est équipée d’appareils médicaux électroniques (pacemakers, pompes à insuline, etc.), qui peuvent être sensibles à certaines interférences électromagnétiques (source : ameli.fr).

Néanmoins, à ce jour, l’ensemble des rapports d’organismes internationaux (OMS, ANSES, ICNIRP) soulignent l’absence de preuve solide d’un risque sanitaire pour les expositions domestiques typiques.

Principaux résultats d’études chez les seniors

Le rapport de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail)

En 2021, l’ANSES conclut que « les données disponibles n’apportent pas d’éléments permettant de conclure à l’existence d’un effet sanitaire avéré des radiofréquences (…) pour les personnes âgées, dans les niveaux d’exposition rencontrés dans l’environnement général ». Cependant, l’agence préconise de poursuivre la vigilance, notamment chez ceux utilisant des équipements électroniques médicaux.

L’électrosensibilité chez les seniors

Environ 3% de la population française s’estime électrosensible, c’est-à-dire présentant des symptômes (maux de tête, fatigue, troubles du sommeil) attribués aux ondes, selon une fiche Inserm. Dans les résidences seniors, certaines personnes expriment ces troubles, mais aucun marqueur biologique ou mécanisme clair n’a pu, pour l’instant, être établi par la recherche pour en faire une entité médicale reconnue.

Études épidémiologiques ciblant les troubles cognitifs

Le vieillissement s’accompagne souvent de troubles cognitifs. Des études, dont celle de la cohorte française Paquid, ont exploré un éventuel lien avec l’exposition aux ondes, sans trouver d’association nette entre la densité d’ondes radiofréquences et le développement de maladies neurodégénératives chez les personnes âgées (Étude Paquid, PMC 2016).

Cas particulier des équipements médicaux implantables et résidences seniors

La question est véritablement pertinente pour les porteurs d’équipements médicaux, très nombreux chez les seniors. Selon l’Inserm, plus de 150 000 personnes portent un stimulateur cardiaque en France (2019). La norme européenne EN 45502 exige que ces dispositifs résistent à des expositions domestiques mais recommande d’éviter de placer un smartphone ou un appareil sans fil à moins de 15 cm du dispositif. L’ANFR conseille d’éviter les usages prolongés à proximité immédiate pour limiter tout risque d’interférence.

  • Wi-Fi, Bluetooth : Aucun effet avéré sur le fonctionnement des implants, à distance normale d’utilisation.
  • Micro-ondes : Risques extrêmement faibles avec les appareils conformes.
  • Téléphones portables : Précaution à prendre pour certains modèles très anciens d’implants.

En pratique, les incidents sont très rares mais rester informé et respecter quelques règles simples s’avère utile.

Quels risques théoriques, quelles précautions ?

  • Exposition environnementale : Les valeurs limites recommandées en France et en Europe prévoient une marge de sécurité minimale de 50 à 100 fois inférieur au seuil au-delà duquel des effets thermiques sont mesurés.
  • Densité d'équipement : Plus les résidences sont équipées, plus l’environnement électromagnétique cumulé peut être élevé, mais cela reste loin des seuils réglementaires selon les campagnes de mesure de l’ANFR (Cartoradio).

Certaines associations, à titre de précaution, conseillent de limiter le Wi-Fi la nuit ou d’éloigner les box des têtes de lit dans l’attente de données complémentaires chez les publics fragiles.

Expertise internationale & débats en cours

La communauté scientifique reste très divisée concernant les effets à long terme et les expositions cumulées. Les rapports du Comité international sur la protection contre les rayonnements non ionisants (ICNIRP) et de l’ANSES affirment que, pour le grand public et même les seniors, les risques sont « improbables » si l’on respecte les normes actuelles. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) classe les radiofréquences comme « peut-être cancérogènes » (groupe 2B), mais ce classement signifie que les preuves sont limitées et discutables, principalement issues d’utilisation intensive du mobile.

Des études récentes menées au Danemark et en Suède (Cohorte Interphone, 2022) n’ont pas mis en évidence d’augmentation d’incidence des tumeurs cérébrales chez les seniors très exposés.

Quelques recommandations pour limiter d'éventuels effets

Outre la conformité des installations électriques et sans fil :

  • Éloigner les appareils émetteurs (box, téléphones, tablettes) des zones de repos quand cela est possible
  • Favoriser les connexions filaires dans les chambres des plus fragiles
  • Renseigner précisément le personnel de santé sur les dispositifs médicaux portés par les résidents
  • Suivre l’évolution de la législation et des recommandations via l’ANFR, l’OMS ou l’ANSES

Parole de personnes âgées en résidence : témoignages et perception

Sur le terrain, la perception du risque varie grandement. Certains résidents demandent à supprimer le Wi-Fi dans leur chambre ou évoquent des troubles survenus après l’installation de nouvelles technologies. Mais les mesures réalisées en résidence font état de niveaux d’exposition très en-dessous des seuils reconnus pour induire des effets, comme l’ont montré les campagnes de mesures 2023 de l’ANFR à travers plusieurs EHPAD et résidences seniors en France métropolitaine.

L’anxiété liée au sujet peut cependant avoir un effet « nocebo » : attendre des effets peut suffire à générer un symptôme ou à aggraver une gêne perçue, selon plusieurs publications en psychologie environnementale depuis 2014 (notamment dans la revue « Bioelectromagnetics »).

Vers une cohabitation raisonnée entre progrès technique et précaution

L’avancée des technologies connectées dans les résidences seniors répond à une réelle demande en matière de confort, de sécurité et de soins à distance. Ce progrès s’accompagne, logiquement, de questions sur le long terme. Décrypter les études, s’informer des recommandations d’usage, savoir écouter les plaintes sans les minimiser, voilà le triptyque qui permet aujourd’hui de proposer un environnement sain, sûr et rassurant pour les personnes âgées.

L’évolution permanente du paysage technologique nécessite de maintenir la vigilance, d’autant plus qu’une minorité de personnes, parfois très sensibles pour d’autres raisons de santé, peuvent exprimer un besoin de précaution renforcé. Le dialogue, tant entre professionnels que résidents ou familles, demeure donc essentiel pour adapter l’environnement en fonction des attentes et de l’état de santé de chacun, sans céder à la peur, mais sans négliger les signaux d’alerte individuels.

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